Quelle est la qualité
de l'eau du robinet à La Réunion ?

Pesticides

Les pesticides sont des produits chimiques organiques utilisés en agriculture, dans l’industrie ou servant à l’entretien des voiries. Ils peuvent être entraînés vers les cours d’eau ou s’infiltrer dans les sols jusqu’aux nappes profondes.

Nature et origine

Les produits phytosanitaires, plus connus sous le nom de pesticides, sont des substances chimiques, utilisées pour lutter contre les maladies des cultures ou les pestes végétales (désherbants). Selon leurs usages (herbicides, insecticides, fongicides …), ils sont employés essentiellement par les professionnels du monde agricole (90% des quantités vendues), mais aussi par les gestionnaires des voies de communications, les collectivités (entretien des espaces verts et de loisirs) et les particuliers (jardinage, bricolage).
A La Réunion on estime qu’environ 2 100 tonnes de pesticides (insecticides 40% - herbicides 30%) sont utilisés chaque année.
Certains composés peuvent migrer et s’accumuler dans les nappes d’eaux souterraines (infiltration), ou être entraînés dans les eaux superficielles (ruissellement ou érosion). Leur transfert dans les eaux est influencé par la nature des sols, la pluviométrie ainsi que par les propriétés des composants chimiques (hydrosolubilité, capacités de fixation sur les particules de sols, stabilité chimique).

Normes et recommandations

Le code de la santé publique fixe la limite de qualité à 2 µg/l par substance dans les eaux brutes prélevées au captage, et à 0,1 µg/l dans les eaux distribuées aux abonnés.

Il s’agit de normes européennes (UE) visant notamment à préserver la valeur patrimoniale des ressources en eau. Ces normes sont plus sévères que les valeurs-guide de l’Organisation mondiale de la Santé.

Lorsque la limite de qualité n’est pas respectée, une évaluation des risques sanitaires est réalisée (ampleur et durée des dépassements, toxicité de la substance) pour définir s’il y a lieu de restreindre ou non l’utilisation de l’eau distribuée pour la boisson et la préparation des aliments.

Le responsable de la distribution de l’eau doit alors :

  • prendre des mesures pour protéger les consommateurs et les informer sur les risques
  • instaurer un programme d’amélioration pour rétablir la qualité de l’eau distribuée

Risque sanitaire

Les risques majeurs des pesticides sont principalement liés à des intoxications aigües des applicateurs. Mais à travers l’alimentation (la consommation de végétaux constituant la principale voie d’exposition par ingestion) et les eaux de boisson, la population est susceptible d’être exposée de façon chronique à de faibles voire très faibles doses de pesticides.

Effets aigus : à forte dose, les pesticides peuvent provoquer des intoxications aigües (mauvaise manipulation, inhalation, absorption accidentelle) qui se traduisent par des allergies (cutanées, oculaires), des troubles digestifs (vomissements), respiratoires (gêne, toux), neurologiques (vertiges, tremblements) ou musculaires (crampes, paralysies).

Effets chroniques : pour les expositions répétitives à faible dose, des études, réalisées en milieu professionnel, suggèrent des effets sur la santé, tels que certains cancers ainsi que des troubles neurologiques et de la reproduction.

Situation à La Réunion

Les contrôles réalisés en 2015 ont détecté la présence de pesticides sur 14% des captages.

Les régions Est et Sud sont les plus impactées par la présence de pesticides dans les nappes phréatiques (en lien avec une activité agricole plus importante).

Néanmoins les concentrations détectées sont restées faibles et largement inférieures aux valeurs-guide sanitaires définies par l’Organisation mondiale de la Santé.

Les principales molécules détectées proviennent d’herbicides. La prédominance du déséthyl-atrazine (42% des identifications), qui résulte de la dégradation d’un pesticide interdit depuis 2003 (atrazine), montre que la contamination des ressources en eau résulte pour partie d’un phénomène de relargage des sols avec effet retardateur. A un degré moindre, parmi la vingtaine de matières actives identifiées, les autres substances les plus souvent retrouvées sont le glyphosate, le diuron et le métolachlore (herbicides).

Préventions des risques

La Commission européenne a lancé une vaste opération de révision des produits phytosanitaires, qui s’est traduite par le retrait du marché de nombreuses substances depuis 2003.

En complément du plan national ECOPHYTO 2018, qui a pour objectif de réduire de moitié l’usage des pesticides sur une période de 10 ans et de supprimer progressivement du marché les molécules les plus dangereuses, il est fondamental d’engager un programme d’actions de proximité à l’échelle de l’île, ciblé sur les bassins hydrographiques prioritaires, pour préserver la qualité des ressources en eau.

L’instauration des périmètres de protection autour des captages permet entre autres de règlementer l’utilisation des phytosanitaires et constitue également un outil de prévention important.